Hier, j'ai renversé mon café sur le clavier de mon ordinateur portable. Trois secondes d'inattention, et voilà quatorze ans de carrière en recrutement qui défilent devant mes yeux, non pas comme un film, mais comme un talent mapping raté. La touche 'échap' est morte, ce qui est un symbole assez puissant pour ma vie professionnelle.
J'ai appelé l'IT interne (un jeune talent, très sympa, qui m'a tutoyé sans me demander mon avis). Il m'a dit que l'incident était 'éligible à la mutuelle des petits aléas', un dispositif que je ne connaissais pas, mais qui apparemment couvre tout sauf les dégâts causés par une consommation excessive de caféine, considérée comme un 'choix de vie'. Résultat : 85 € de franchise, 12 jours de délai, et un clavier de secours qui n'a pas la touche 'entrée'. Je dois valider chaque candidature en appuyant sur 'tab' puis 'espace', ce qui techniquement me fait faire du talent mapping amélioré : je recrute des gens sans jamais valider.
La leçon de vie, c'est que les erreurs insignifiantes sont en réalité des métaphores. Ce clavier cassé, c'est ma carrière : je passe mes journées à épier les profils, à déceler les failles invisibles, à juger des gens sur des critères que personne ne comprend, et au final, je ne peux même pas finir une phrase sans bug. Mon N+1 m'a dit que c'était une opportunité de 'développer ma résilience digitale'. Moi je dis que c'est surtout une occasion de me rappeler que le vrai talent, c'est celui qui sait faire une sauvegarde avant de boire son café. Enfin c'est mon humble avis, moi qui n'ai jamais été bon qu'à filtrer les CV, pas à filtrer les fluides.