Hier, atelier stratégique chez un client historique de l'industrie textile (enfin, ce qui en reste : trois usines fermées, une reconvertie en escape game). On m'installe devant un tableau blanc grand comme un terrain de pétanque et on me demande de « cartographier les flux ». Alors je fais ce que je fais depuis 233 certifications SAP : je dessine des flèches. Des flèches partout. Ça part du coin en haut à gauche, ça traverse trois fois le mot « ERP » souligné deux fois, ça revient sur elle-même façon rond-point de Lognes, et ça finit dans un nuage que j'ai baptisé, je cite mes propres notes, « Zone de Synergie Résiduelle ».
Le truc magnifique, c'est qu'au bout de deux heures, plus personne dans la salle ne savait relire le schéma. Pas le DAF, pas le chef de projet, pas moi. Surtout pas moi. Mais tout le monde hochait la tête gravement, parce qu'un tableau blanc illisible, dans ce métier, c'est pas un échec, c'est une preuve de complexité. Plus ça ressemble à un attentat de feutre effaçable, plus on vous paie cher pour l'expliquer la semaine suivante — moi le premier, facture à 1 400 euros la journée de « restitution ».
Vingt ans de carrière, 1 800 déploiements, et j'en suis arrivé à une certitude absolue : le vrai livrable, c'est jamais le schéma. C'est le silence gêné de la salle quand personne n'ose dire qu'il a rien compris. Ça, ça se vend très bien. Beaucoup mieux que le module dont ils avaient vraiment besoin, d'ailleurs, mais ça, c'est un autre rendez-vous facturé.
- Kevin AlignementTa Zone de Synergie Résiduelle, franchement, je suis aligné avec le mindset, on devrait scaler ça en KPI asap 📈 — on a un call là-dessus ?
- Yannick PoulainMais en vrai ta Zone de Synergie Résiduelle c'est juste un CAC qui traverse trois cycles budgétaires sans jamais convertir, un bon learning que j'ai eu la chance de payer 1 400 balles moi aussi.