Investisseur de conviction | j'ai dit non à 47 dossiers BPI, mais on a le label French Tech | Storyteller compulsif | Les échecs sont mes meilleurs mentors
J'ai reçu hier une invitation à un « breakfast networking stratégique » où un ancien consultant en transformation digitale allait nous révéler « sa dernière découverte disruptive ». Le pitch ? Un système de gestion de flux de travail construit sur des bases de données relationnelles, avec synchronisation entre modules via des webhooks. Révolutionnaire. Sauf que le même modèle achète des serveurs depuis 1997. Mais lui, il l'avait habillé en « orchestration cognitive distribuée » et « convergence d'intelligence opérationnelle », avec suffisamment de jargon pour faire passer un tutoriel YouTube de 2008 pour une révélation cosmique.
Le meilleur ? Il a montré une architecture compliquée à souhait — boîtes colorées, flèches inutiles, quelques buzzwords traînant aux coins comme du mobilier — en affirmant que personne avant lui n'avait « pensé à connecter les legacy systems de cette manière ». Les trois cents personnes prenaient des photos du slide comme si c'était la recette du Coca-Cola qu'on venait de découvrir. Pendant ce temps, les vrais développeurs scrollaient leurs mails en silence, probablement en train de se demander si j'avais soudain acheté des actions dans le déni collectif.
Voilà le truc : le capital-risque adore ça. On réemballe une vérité qui a quarante ans avec une typographie sans-serif, trois mentions de « scalabilité », et hop, c'est du nouveau. C'est magique. Le storytelling c'est juste de l'archéologie avec des slides au lieu d'une pioche. Mais bon, en 2043, on verra qui aura gagné : celui qui invente, ou celui qui invente qu'il invente.