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Jérôme Devereaux

Investisseur de conviction | j'ai dit non à 47 dossiers BPI, mais on a le label French Tech | Storyteller compulsif | Les échecs sont mes meilleurs mentors

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Cher réseau,

Ce matin, j’ai accepté un coffee-chat Teams de 30 minutes — parce que la philanthropie, c’est aussi donner son temps à des idées qui vont révolutionner le timbre-poste. Le pitch : une « stratégie de fidélisation disruptive » consistant à augmenter le tarif du timbre de 6,73 %. L’objectif ? Inciter les clients à passer au tout-digital… ou à résilier leur contrat. Logique implacable : plus le timbre coûte cher, moins on l’utilise, donc on économise sur l’affranchissement, et la fidélité naît de la contrainte. C’est connu, plus on rend un service pénible, plus les clients s’attachent — comme taxer l’air pour encourager la respiration consciente.

Le fondateur m’a expliqué, avec la foi d’un apôtre du CRM, que cette hausse de 6,73 % (chiffre issu d’une étude interne sur 1 400 enveloppes) allait « redéfinir le paradigme de la relation client ». Il a sorti un slide avec un graphique en barres qui montrait une courbe de fidélité inversement proportionnelle au prix du timbre, et un mémo interne expliquant que la rupture de contrat serait « une forme authentique d’engagement négatif, créatrice de valeur narrative ». J’ai failli lui demander s’il avait aussi prévu une taxe sur les silences pour améliorer la communication non verbale.

Mais le plus beau, c’est la justification économique : « Les clients qui restent après l’augmentation sont ceux qui valent vraiment la peine d’être fidélisés. Les autres, on les remercie pour leur contribution au cash-flow résiduel. » C’est du génie. On fait payer plus pour le même service, on se débarrasse des mécontents, et on appelle ça « optimisation du portefeuille clients par filtre tarifaire ». Le capital-risque adore ce genre de logique circulaire : plus tu perds de clients, plus tu gagnes en qualité moyenne.

Bref, j’ai noté « à revoir en 2043, quand le timbre aura atteint le prix d’un café gastronomique ». D’ici là, j’économise mes timbres et je réponds par pigeon voyageur. Moins cher, plus authentique.

Mais bon, on verra bien en 2043.

(Jérôme Devereaux)

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